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D'après les souvenirs de Frédéric Wetzel...

Je n'ai pas la nostalgie du passé, je pense qu'il faut vivre avec son temps et toujours aller de l'avant, mais j'ai retrouvé récemment dans des cartons de ma mère décédée il y a 10 ans, des photos de l'époque de ma grand-mère, photos dont j'ignorais l'existence. Mes souvenirs d'enfance sont réapparus, je vais donc vous parler de cette époque, de cette femme que j'aimais plus que tout, qui m'a appris des principes très importants.

 

Ma Grand-Mère et son chien

 

Ma grand-mère...

J'ai passé mon enfance chez ma grand-mère suite au divorce de mes parents en 1953 et, c'est donc elle qui m'a élevé, éduqué, cette dame qui s'appelait Aurélie tenait un petit bistro dans mon village actuel Baisieux, ses grands principes étaient le partage, l'entraide, l'amitié...Dans son petit commerce, elle affichait des prix très bas afin de servir les plus démunis, son activité engendrait de petits bénéfices, elle s'en contentait, cela suffisait pour vivre simplement.

À l'époque j'avais 6 ans, je me souviens qu'elle n'était pas riche, mais elle organisait souvent dans son café des repas à prix coûtant, pour la convivialité et pour aider les gens à se retrouver, afin qu'ils passent un bon moment (pas beaucoup de loisirs à l'époque), le menu de ces repas était bien souvent composé de haricots blancs et pommes de terre, accompagnés de grosses saucisses que l'on appelait des Pierrots, ainsi que d'autres cochonnailles (tripes, pieds de porc, etc...). J'avais gagné dans une foire à Lille, à un concours de lâcher de ballons, le premier prix : un superbe poste de radio (mon ballon avait volé jusqu'en Suède), celui-ci prônait en place d'honneur dans le café et les clients prenaient plaisir à écouter les infos et la musique. Avoir un poste radio (TSF) n'était pas courant à l'époque et les premiers téléviseurs étaient très rares. Dans mon quartier, à ma connaissance seul le docteur possédait un téléviseur, et il n'était pas rare que ce dernier invite chez lui quelques voisins dont nous faisions partie, pour regarder ensemble les émissions du samedi soir sur l'unique chaîne.

 

Ci-dessous, des repas à prix coûtant qu'elle organisait pour les clients du café (cliquez sur les photos pour les agrandir)

Novembre 1958 dans le café1958 Café de Aurélie à Baisieux Sin

Mai 1961 dans la salle annexe1961, Café de Aurélie à Baisieux Sin

 

Ma grand-mère était écolo malgré elle...

  • Son équipement électrique se limitait à 5 ou 6 ampoules et le poste de radio cité ci-dessus, pas de frigidaire ni de machine à laver, elle lavait le linge à la main avec du savon noir dans une bassine d'eau chauffée sur le feu à charbon.
  • L'eau potable n'était pas gaspillée et j'ai toujours connu l'utilisation de l'eau de pluie pour la lessive et le lavage des sols.
  • Pas de bouteilles en plastique, les boissons étaient contenues dans des bouteilles en verre consignées.
  • L'entraide était très active dans le village, un service en valait un autre, personne n’était à la rue ! les plus malheureux étaient aidés par des petits boulots.
  • Lorsque c'était l'heure du repas, il y avait toujours une part supplémentaire que l'on appelait part du pauvre, de l'éventuel invité dernière minute.
  • Les produits étaient vendus en vrac à la petite épicerie, il n'y avait pas de gaspillage, les gens étaient très respectueux de la nourriture.
  • Il y avait beaucoup de petits commerces de proximité dans le village : laiteries, boucheries, petites épiceries, boulangeries, cafés, marchands de fruits et légumes, les familles ne faisaient pas de gros stocks car peu de gens achetaient des frigos (très chers à l'époque). Je me souviens que ma grand-mère avait dans sa cave un garde-manger, c'était une sorte de grande armoire grillagée où elle entreposait pendant 2 à 3 jours quelques aliments tels que le beurre, le lait, les restes de repas, fruits et légumes, etc...Ce garde manger avait un grillage très fin sur sa porte et ses parois pour bien aérer les aliments, et empêcher les insectes et autres bestioles d'y rentrer.
  • Pour améliorer le quotidien, presque toutes les familles cultivaient leur terrain pour récolter des légumes, des pommes de terres, des salades, elles avaient pour la plupart des poulaillers, elles élevaient aussi quelques lapins.
  • À Noël, ma grand-mère m'offrait quelques chocolats et toujours un jouet en bois (château fort, garage, soldats etc..), elle avait économisé toute l'année pour ce cadeau.
  • Le partage des livres existait déjà puisque ma grand-mère m'achetait le journal de Mickey toutes les semaines, et ensuite après l'avoir lu, le bouquin faisait le tour de la moitié du village.
  • La campagne n'était pas polluée, il y avait des arbres fruités partout, très peu de circulation automobile, les gens menaient une vie plutôt saine.

 

J'ai adoré cette époque, mon enfance fut merveilleuse, la nourriture était bonne et saine, ma grand-mère me choyait, exemple l'hiver il n'y avait pas de chauffage dans les chambres, mais ce n'était pas grave, avant de me coucher, elle mettait dans le fond de mon lit une brique réfractaire ou une bouillotte, qui avait chauffé toute la journée dans le four de la cuisinière à charbon, et c'était le confort absolu, je n'étais jamais malade.

 

À cette époque, les conditions de vie des femmes n'étaient pas très agréables, mais ma grand-mère ne se plaignait jamais et était toujours positive...

 

En conclusion, je pense que cette époque des années 50/60 avait du positif sur la manière de vivre, la solidarité, la convivialité, le respect de la nourriture, etc...L'utilisation de toutes les technologies actuelles (lave linge par exemple) est une avancée formidable pour les conditions de vie, mais nous devrions nous poser la question sur certains autres produits de consommation. Toutefois, je suis certain que ma grand-mère aurait été heureuse de connaître les technologies actuelles, le web qui permet de s'ouvrir sur le monde lui aurait certainement plu, car l'un de ses plus grands plaisirs était de lire chaque jour "LA VOIX DU NORD" elle adorait ce journal et voulait connaître tout ce qui se passait dans le monde, il faut dire qu'à cette époque les loisirs étaient peu nombreux...

 

En 1958, avoir en cadeau une trottinette, c'était le rêve, ma mère me l'avait offerte.

 Ma grand-mère et moi

L'époque de ma Grand-Mère

 Avoir une trottinette en 1958

Trotinette

 

La maison où j'ai passé toute mon enfance (1952 à 1966), cette photo date de 2019,  hélas ! je n'ai pas retrouvé de photo lorsque c'était le bistro de ma grand-mère.

Dans les années 60, il y avait 2 petites maisons basses à gauche de la maison, et une grande ferme à droite, tout a été abattu pour construire des pavillons individuels. La façade de l'ancien bistro n'a pas changé (la grande fenêtre de gauche était le bistro et les deux fenêtres de droite la grande cuisine)

La maison de mon enfance

 

Être un enfant à cette époque...

Mes copains et moi, nous ne manquions pas d'imagination pour nous distraire le jeudi (à l'époque le jour de repos était le jeudi) ou le soir après l'école et l'étude qui se terminait à 17h30, en effet nous faisions nos devoirs à l’école avec l'instituteur pour 5 francs par mois.

Nous avions l'esprit inventif pour faire de grosses bêtises, dont en voici quelques-unes qui ont marqué nos esprits et ceux de nos parents :

  • Comme je l'ai dit précédemment, j'habitais chez ma grand-mère qui m'a élevé suite au divorce de mes parents. Son café était proche d'une ferme, l'été nous allions attraper une cinquantaine de grosses mouches dans l'étable, et nous leur attachions des bouts de fils à coudre noirs d'environ 30 cm, entre la tête et l'abdomen. Puis nous les mettions dans une boite à chaussures, ensuite nous allions lâcher tout cela dans le bistrot, les mouches alourdies par les fils ne volaient qu'à 2 m de hauteur et ces fils frôlaient les visages des clients, donnant l'impression de toiles d'araignées dans la pièce...Bien entendu après avoir fait notre bêtise, nous nous enfuyions à toutes jambes smile
  • Un autre jour, il y avait eu un gros orage provoquant des inondations dans une partie du village. Devant le café, il y avait un pré, et au milieu de celui-ci un grand trou, de 50 m de circonférence sur 2 m de profondeur, creusé par une bombe pendant la seconde guerre mondiale. Suite aux inondations le trou était rempli d'eau et, mes copains et moi-même très influencés par les BD que nous lisions, nous avons eu une très bonne idée de jeu : pendant que ma grand-mère partit faire ses courses à la petite épicerie du coin, nous lui avons emprunté sa baignoire en fer blanc pour en faire un bateau. Le gouvernail, le mat et la voile furent rapidement mises sur notre embarcation, nous étions de bons architectes navals grâce aux bonnes leçons d'arithmétique que notre instituteur nous inculquait... Quelques instants plus tard, après avoir mis un guetteur (le plus petit) pour surveiller l'éventuel retour de ma grand-mère, nous traversions la route avec notre embarcation pour démarrer notre aventure, nous avions même prévu le baptême du navire avec un litre de bière soutiré de la cave du café, la mise à l'eau fut rapide et ce qui devait arriver, arriva ! nous avons coulé, la chance n'était pas avec nous ! C'est à ce moment que ma grand-mère a surgi, et comme elle criait très fort, les voisins sont sortis. Nous nous sommes pris tous les 5 un grand coup de pied dans le derrière et nos parents nous privèrent de jeux pendant 4 jeudi... Il faut dire que nous aurions pu nous noyer, quand à la baignoire, on ne la récupéra que 2 mois plus tard dans un triste état, quand le trou d’obus fut à sec.

Les bêtises de mon enfance, j'en ai des dizaines qui sont ancrées dans ma mémoire, il faudrait que j'y consacre un article complet.

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